Traque et vertige moderne — Critique de Running Man (Stewart Thorndike, 2025)
Illustration : Affiche officielle. Droits réservés à leurs propriétaires.
Un thriller contemporain sous tension
Avec Running Man, Stewart Thorndike propose un thriller qui s’écarte des codes habituels pour installer une tension plus diffuse, presque étouffante.
La traque n’est plus ici une simple mécanique dramatique : elle devient une atmosphère, un état du monde, une manière d’observer la vulnérabilité humaine face à un environnement saturé de menaces visibles et invisibles.
Chaque déplacement du protagoniste semble inscrire sa fragilité dans un décor qui se referme sur lui, rendant la survie moins spectaculaire que profondément intime.
La modulation du rythme
Thorndike travaille le rythme avec une précision quasi organique : moments suspendus, accélérations soudaines, silences volontairement prolongés.
La musique, discrète mais déterminante, sculpte une tension continue. L’interprétation principale, tendue et intérieure, renforce cette sensation de spirale où l’on chute sans bruit.
Le film évite l’adrénaline facile pour privilégier une montée lente, presque insidieuse, de la paranoïa et du doute.
Une esthétique oppressante
Visuellement, Running Man impose une esthétique granuleuse, nocturne, où les cadres serrés renforcent le sentiment d’enfermement.
Les textures, les lumières vacillantes, les ombres qui s’étirent composent un univers où l’espace n’est jamais totalement sûr. La caméra se rapproche, observe, ausculte, comme si elle cherchait à dévoiler l’effritement intérieur du héros.
Une traque qui devient une forme de respiration contrariée, à la frontière du visible et du psychique. Zola Ntondo sur Allociné
Le film atteint sa puissance lorsqu’il laisse la scène respirer : un plan fixe trop long, un silence suspect, un détail qui semble se déplacer dans l’ombre. C’est là que l’angoisse se densifie réellement.
Violence, spectacle et faux-semblants
La force du film tient aussi dans ce qu’il dit de notre époque : une société obsédée par l’exposition, où la violence devient un spectacle que l’on consomme sans y croire vraiment.
Dans Running Man, la traque n’est jamais uniquement physique. Elle est médiatique, psychologique, parfois métaphysique. Le personnage court autant contre des poursuivants que contre des images, des récits qui l’enferment dans des rôles qu’il n’a pas choisis.
Le film interroge cette frontière trouble entre victime et bourreau, entre fuite réelle et récit fabriqué. Une réflexion rare dans un genre souvent dominé par l’action brute.
Conclusion
En définitive, Running Man s’impose comme un thriller psychologique tendu et précis, refusant la facilité pour privilégier la montée graduelle d’un malaise persistant.
Stewart Thorndike signe une œuvre qui interroge notre rapport au danger, à l’image, à l’exposition, en transformant la traque en expérience sensorielle et mentale.
Un film oppressant, ambitieux, qui trouve sa singularité dans la sobriété et la maîtrise de ses effets.
La note de Zola Ntondo : 5 sur 5 ★★★★★

Zola Ntondo
Éditeur en chef










