Anatomie de la Peur — Contexte, enjeux et présentation de l’ouvrage
Un changement structurel dans l’industrie du cinéma
Depuis quelques années, l’industrie cinématographique connaît une transformation profonde.
Le nombre de sorties en salles diminue, en particulier aux États-Unis, où les “wide releases”
ne sont toujours pas revenues à leur niveau d’avant 2020. Les studios privilégient les franchises,
concentrent les budgets, et orientent un grand nombre de productions vers les plateformes de streaming.
La fenêtre d’exclusivité en salle s’est raccourcie, parfois à trois semaines, ce qui modifie les usages du public.
Le visionnage domestique devient une norme, tandis que les salles concentrent leurs efforts sur quelques titres événementiels.
Cette évolution structurelle entraîne mécaniquement une diminution de la diversité, notamment dans les genres
considérés comme “moins prioritaires”, dont l’horreur.
Une marginalisation française du cinéma d’horreur
En France, ce phénomène prend une forme encore plus marquée. L’horreur reste un genre peu exposé dans les grands circuits :
sorties limitées, programmations brèves, distribution irrégulière et concurrence écrasante des blockbusters familiaux.
Alors même que la demande internationale augmente, l’offre en salles reste localement restreinte.
Cette limite de visibilité nourrit l’impression d’un genre délaissé ou “mineur”, alors qu’il constitue en réalité
un élément central du cinéma contemporain.
L’horreur : un genre sous-estimé mais symboliquement majeur
L’horreur est souvent réduite à ses effets ou à son imagerie, mais sa fonction culturelle est plus profonde.
Le genre organise la peur, la met en forme et la transforme en langage. Il mobilise des structures symboliques anciennes :
confrontation avec l’invisible, tension entre ordre et chaos, question du mal, figures du tabou et de la transgression.
Cette dimension dépasse largement la simple logique du divertissement.
L’horreur apparaît comme un espace où se jouent des questions que d’autres domaines culturels ne portent plus.
Une dimension spirituelle diffuse : le sous-texte essentiel
Dans une société largement profane, où les rites traditionnels se sont effacés, certaines représentations persistent
sous des formes modifiées. Le cinéma d’horreur réactive des structures symboliques que le monde moderne ne formule plus directement :
forces invisibles, épreuves, malédictions, limites, présences qui excèdent l’humain.
Il ne s’agit pas de religion ni de croyance : c’est la rémanence anthropologique du sacré.
L’horreur devient un espace où le spectateur se confronte, symboliquement, à des réalités anciennes :
la peur, la mise à l’épreuve, le mystère, l’idée d’un ordre supérieur.
Un genre qui absorbe les tensions du monde contemporain
Les catégories modernes de l’horreur le montrent : horreur psychologique, horreur surnaturelle, slasher, body horror,
horreur cosmique, horreur sociale, horreur environnementale et horreur technologique.
Chacune correspond à une anxiété spécifique de l’époque : identité, corps, technologie, environnement, structure familiale, mémoire historique.
L’horreur fonctionne comme un miroir : elle transforme ces tensions en images, en récits et en figures.
Présentation de Anatomie de la Peur
Anatomie de la Peur s’inscrit dans ce contexte. L’ouvrage propose une cartographie claire du cinéma d’horreur,
en articulant trois grands axes.
Les formes
Les grands genres et les sous-genres sont définis et analysés selon leur logique propre.
Le livre explore la manière dont chaque forme organise la peur, structure le récit et produit une signification.
Les figures
Le monstre, le fantôme, la sorcière, le vampire, le clown, la créature, l’enfant : ces figures sont abordées comme des archétypes.
Elles incarnent des angoisses persistantes, structurent l’imaginaire et organisent le rapport du spectateur à l’invisible.
Les mécanismes
Suggestion, son, lumière, rythme, espace, corporéité : le livre montre comment l’horreur construit une grammaire sensorielle particulière.
La peur n’est pas seulement une émotion : c’est une mise en forme.
Voir par exemple :
The Conjuring 4 : Incivilités & cinéma
ou
Critique de The Ritual (2025),
qui illustrent deux approches différentes des mécanismes et figures du genre.
Fonction du genre : catharsis, rituel, lucidité
L’ouvrage se termine par l’analyse des fonctions de l’horreur. Le genre agit comme une catharsis, un espace rituel,
une expérience de connaissance et un outil de lucidité.
Il permet au spectateur de rencontrer symboliquement ce que la société contemporaine ne formule plus directement.
Loin d’être marginal, il constitue un lieu central de l’imaginaire moderne.
Conclusion
Anatomie de la Peur ne cherche pas à réhabiliter l’horreur : le genre n’a jamais perdu sa force.
Il propose une lecture ordonnée de ses formes, de ses figures et de ses fonctions,
dans un moment où l’industrie se transforme, où la salle se raréfie,
et où la culture profane ne produit plus les symbolisations qui structuraient autrefois les représentations de l’invisible.
L’horreur demeure un espace où circule encore une part de sacré, sous une forme discrète mais persistante.

Zola Ntondo
Éditeur en chef










