Backrooms — Critique

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Ce qui se cache derrière le réel

Depuis toujours, l’humanité se demande ce qui se cache derrière le réel. Mais une question, plus dérangeante encore, accompagne cette interrogation : que deviennent ceux qui prétendent avoir aperçu ce qui se trouve de l’autre côté ? Les visionnaires d’hier deviennent parfois les fous d’aujourd’hui ; les fous d’aujourd’hui deviennent parfois les visionnaires de demain. C’est dans cet espace d’incertitude que s’inscrit Backrooms, le premier long-métrage de Kane Parsons.

Le film semble partir d’une idée simple : l’existence de mondes cachés, dissimulés derrière la réalité ordinaire. Pourtant, très vite, il devient difficile de savoir ce que l’on regarde réellement. Univers parallèle ? Projection mentale ? Délire ? Cauchemar ? Kane Parsons entretient volontairement cette ambiguïté, et c’est précisément dans cette hésitation que naît l’étrangeté du film.

Une réalité en suspension

À plusieurs reprises, Backrooms évoque certaines grandes œuvres de science-fiction métaphysique. On pense parfois à Interstellar dans cette manière de suggérer que la réalité visible n’est peut-être qu’une couche parmi d’autres, mais également à The Truman Show, dont il partage, sous une forme plus inquiétante, cette interrogation fondamentale : que se passe-t-il lorsqu’un individu découvre que le monde qu’il croyait connaître n’est peut-être pas le monde réel ?

Mais là où ces œuvres cherchent encore, chacune à leur manière, à organiser cette révélation, Kane Parsons préfère laisser le spectateur dans une zone de suspension permanente, où chaque certitude paraît provisoire et où l’improbable finit progressivement par acquérir sa propre cohérence.

La validation progressive de l’absurde

Le film développe alors ce que l’on pourrait appeler une forme de validation progressive de l’absurde. À mesure que le récit avance, le cercle des témoins s’élargit. Ce qui pouvait passer pour une perception isolée, une hallucination ou un délire individuel devient progressivement une hypothèse de plus en plus difficile à écarter.

Cette mécanique narrative est particulièrement efficace, car elle déplace peu à peu le regard du spectateur. Il ne s’agit plus seulement de croire ou de ne pas croire, mais d’accepter que certaines réalités puissent d’abord apparaître comme incompatibles avec la raison avant d’imposer, malgré tout, leur propre évidence.

L’architecture de la psyché

La véritable force du film réside peut-être dans cette impression que les Backrooms ne constituent pas seulement un lieu. Ces salles infinies, ces couloirs sans fonction apparente et ces espaces qui semblent se répéter à l’infini finissent par évoquer un état de conscience. Le spectateur a parfois l’impression d’assister à une matérialisation de la psyché elle-même, comme si les rêves, les angoisses et les zones obscures de l’esprit humain avaient trouvé une forme architecturale.

Il y a quelque chose de profondément psychiatrique dans cette expérience, au meilleur sens du terme : le film interroge constamment la frontière fragile entre la perception et le délire. Qui voit réellement ? Celui qui affirme avoir traversé l’impossible, ou celui qui refuse de croire ce qu’il n’a pas encore vu ?

Image, son et inquiétude diffuse

Cette logique se retrouve également dans l’atmosphère du film. Les espaces des Backrooms ne ressemblent pas aux décors spectaculaires habituellement associés aux mondes parallèles. La photographie privilégie au contraire une lumière jaunâtre, presque domestique, évoquant certains appartements, bureaux ou couloirs des années 1980 et 1990. Cette banalité apparente devient peu à peu inquiétante. Plus les lieux semblent familiers, plus leur étrangeté devient difficile à supporter.

La mise en scène, le travail sonore et la musique accompagnent admirablement cette démarche. L’angoisse ne provient pas uniquement de ce qui apparaît à l’écran, mais de ce qui pourrait exister derrière chaque mur, derrière chaque porte, derrière chaque niveau de réalité. Le film comprend que le mystère demeure souvent plus puissant que sa révélation.

Conclusion

Et c’est peut-être là que réside la réussite de Backrooms. Derrière son apparente étrangeté, le film touche à une question universelle : et si le réel n’était pas la totalité du réel ? En refusant de fournir des réponses définitives, Kane Parsons transforme un phénomène né sur Internet en une expérience presque philosophique, où le fantastique rejoint parfois la métaphysique.

Comme certains rêves particulièrement persistants, Backrooms demeure difficile à raconter une fois terminé. Le film laisse derrière lui moins des réponses que des impressions, moins des certitudes que des intuitions. Peut-être parce que certaines expériences résistent naturellement au langage. Après tout, il est difficile de décrire avec précision ce que l’on a vu à quelqu’un qui ne l’a jamais vu lui-même. Et c’est peut-être dans cet écart entre l’expérience et son récit que le film trouve sa force la plus singulière.

La note de Zola Ntondo : 4 sur 5 ★★★★☆

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Zola Ntondo

Zola Ntondo

Éditeur en chef

Je suis Zola Ntondo, né le 17 janvier 1979 à Bordeaux. Je suis écrivain, pianiste et webmaster expert en référencement SEO. Formé au Conservatoire de Bordeaux, j’explore dans mes ouvrages les thèmes de la séduction, du consentement et des attirances.