Obsession — Critique
Illustration : Affiche officielle. Droits réservés à leurs propriétaires.
Blumhouse et l’émergence d’un nouveau cinéaste
Il y a désormais quelque chose d’assez fascinant dans la manière dont Blumhouse semble régulièrement faire émerger de nouveaux visages capables de revitaliser le cinéma d’horreur contemporain. Avec Obsession, le studio accompagne cette fois le premier long-métrage de Curry Barker, jusque-là remarqué pour plusieurs courts-métrages. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette entrée dans le format long prend déjà les allures d’une affirmation particulièrement sûre d’elle-même.
Le plus remarquable réside peut-être dans la lucidité même du projet. Barker ne cherche jamais à feindre la révolution esthétique ni l’expérimentation forcée. Sa mise en scène épouse au contraire avec une remarquable intelligence les grands canons du blockbuster horrifique contemporain, dans une filiation évidente avec ce que James Wan a imposé ces dernières années : montée progressive de la tension, science du cadre, gestion minutieuse de l’attente et du surgissement.
Une architecture horrifique parfaitement assimilée
C’est précisément cette absence d’effort visible qui impressionne. Là où tant de jeunes réalisateurs semblent encore occupés à chercher leur langage, Barker paraît avoir compris qu’il existait déjà une architecture extrêmement solide du cinéma d’horreur contemporain. Plutôt que de lutter contre elle, il choisit d’y injecter une idée forte — et cette idée suffit à faire exister immédiatement le film parmi les propositions les plus marquantes du genre cette année.
La véritable singularité d’Obsession ne vient donc pas de sa forme. Elle vient de son sujet, de cette manière d’introduire une idée presque simple dans une machine horrifique parfaitement maîtrisée, jusqu’à transformer un fantasme affectif en mécanisme de terreur.
L’amour absolu comme matière d’horreur
Un homme formule un vœu : être aimé plus que tout. Le vœu se réalise. Et très vite, le film comprend ce qu’un tel désir contient déjà de profondément inquiétant. Être aimé sans limite cesse peu à peu d’être un fantasme romantique pour devenir une forme d’emprise totale, presque une confiscation progressive de la liberté d’autrui.
Le film réussit alors ce que les meilleurs récits fantastiques savent faire : prendre une aspiration humaine parfaitement compréhensible et la pousser jusqu’à son point d’horreur. Ce qui devrait combler devient ce qui enferme. Ce qui devrait rassurer devient ce qui oppresse.
La folie amoureuse et la dépossession
C’est ici qu’Obsession atteint quelque chose de plus rare. Derrière son apparente mécanique de thriller amoureux, le film finit presque par prendre les contours d’un film de possession — non point au sens surnaturel du terme, mais dans cette manière qu’a l’amour, lorsqu’il se dépouille de toute mesure, de contaminer lentement chaque espace de liberté jusqu’à devenir une force autonome, irrépressible.
Il y a dans cette idée quelque chose de profondément platonicien : cette mania amoureuse évoquée par Platon, où le désir de fusion, après avoir promis l’élévation, finit par conduire à une forme de dépossession. Le film ne parle donc pas seulement d’un amour excessif ; il montre ce moment où l’amour, devenu absolu, cesse d’être un lien pour devenir une puissance qui dévore.
Conclusion
On pourra presque regretter, paradoxalement, que le film referme aussi complètement son propre dispositif. Son concept semblait contenir un potentiel d’expansion bien plus vaste encore. Mais cette fermeture participe peut-être aussi de ce qui fait aujourd’hui la singularité du film : une œuvre qui préfère mener son idée jusqu’à son terme plutôt que d’organiser artificiellement sa propre continuation.
Et c’est peut-être là que réside la promesse la plus stimulante d’Obsession. Derrière ce premier long-métrage déjà impressionnant se dessine moins un simple technicien du genre qu’un cinéaste qui paraît avoir compris, très tôt, que les grandes peurs modernes naissent souvent de désirs profondément humains poussés au-delà de ce que l’âme peut raisonnablement supporter.

Zola Ntondo
Éditeur en chef










