Undertone — Critique

Illustration : Affiche officielle. Droits réservés à leurs propriétaires.

Une promesse presque impossible à tenir

Il arrive qu’une affiche commette une imprudence. Celle d’Undertone en commet une considérable : « Vous n’avez jamais entendu un film aussi terrifiant. » Une promesse de cette nature ne se contente pas d’attirer le spectateur ; elle établit avec lui un contrat. Et lorsque la promotion rapproche en outre le film de cette nouvelle génération horrifique qui nous a récemment donné Obsession ou Backrooms, on entre dans la salle en attendant, sinon un chef-d’œuvre, du moins une expérience.

Le problème d’Undertone tient presque entièrement dans l’abîme qui sépare cette promesse de ce qui apparaît à l’écran — ou, puisque le film nous y invite, de ce qui parvient à nos oreilles.

Une idée qui avait pourtant tout pour fonctionner

Sur le papier, Ian Tuason dispose d’une excellente matière. Une podcasteuse rationnelle, habituée à traiter avec distance les récits paranormaux, se trouve confrontée à des enregistrements dont l’étrangeté devient progressivement difficile à écarter. Face à elle — ou plutôt à l’autre bout du fil — une sensibilité davantage disposée à envisager le mystique. Autour d’eux se dessine une histoire de présence démoniaque, de sons inquiétants et de phénomènes dont la rationalité peine à rendre compte.

Tout cela fonctionne conceptuellement.

Le dispositif rappelle d’ailleurs fortement Monolith de Matt Vesely, sorti en France en 2024, qui reposait déjà sur une femme isolée, un podcast et l’irruption progressive de l’inexplicable. Monolith souffrait lui aussi d’une lenteur considérable. Mais il avançait sans s’être auparavant proclamé expérience horrifique exceptionnelle. C’était une proposition ; on pouvait l’accepter ou la refuser.

Undertone, lui, s’est présenté autrement.

Installer n’est pas attendre

La lenteur n’est pas un défaut cinématographique. L’horreur sait admirablement s’en servir lorsqu’elle permet à une menace de croître dans l’ombre, lorsqu’un cadre devient progressivement inquiétant, lorsqu’un bruit auparavant insignifiant acquiert une autre signification.

Mais installer n’est pas attendre.

Or Undertone attend beaucoup.

Il faut approcher la moitié du film pour que survienne ce que l’on pourrait véritablement considérer comme une première frayeur. Pendant ce temps, les conditions sont pourtant réunies. La photographie est excellente. La maison offre quantité de perspectives inquiétantes. Une porte sombre demeure dans un coin du cadre. Un placard se referme. Une lumière hésite. L’obscurité semble constamment prête à rendre quelque chose.

Et presque chaque fois que le cinéma d’horreur pourrait commencer, Undertone choisit de s’arrêter juste avant.

Cette répétition finit par produire une sensation étrange : celle d’un film qui aurait soigneusement réuni tous les instruments nécessaires à son propre effroi avant de décider de ne pas en jouer.

Le refus de la peur comme parti pris

Il serait cependant trop facile d’attribuer cette retenue au seul amateurisme. Undertone est le premier long-métrage de Ian Tuason, certes, mais le film est trop maîtrisé visuellement pour que l’on puisse simplement parler d’incompétence.

Il faut donc prendre son parti pris au sérieux.

Tuason veut manifestement faire entendre davantage que montrer. Il veut laisser l’imagination compléter l’image, faire du son enregistré une matière horrifique et placer le spectateur dans la position de celui qui écoute quelque chose qu’il ne devrait peut-être pas entendre. L’intention est parfaitement défendable. Elle est même, en théorie, assez séduisante.

Mais une intention cohérente n’est pas nécessairement une intention efficace.

À force de contourner les mécanismes les plus immédiatement horrifiques, le réalisateur finit par contourner la peur elle-même. Les lumières peuvent clignoter, les espaces demeurer inquiétants, les enregistrements accumuler leurs anomalies : la tension promise refuse obstinément de prendre corps.

Le paradoxe devient alors presque comique. Dans un film vendu en France avec la formule « Vous n’avez jamais entendu un film aussi terrifiant », l’un des sons les plus susceptibles de provoquer un véritable sursaut demeure finalement… une sonnerie de téléphone.

Après Obsession, l’excuse du premier film ne suffit plus

On pourrait invoquer la jeunesse d’un réalisateur qui signe ici son premier long-métrage. Ce serait oublier que l’horreur contemporaine vient précisément de nous rappeler à quel point cet argument est devenu fragile.

Curry Barker, avec Obsession, a lui aussi abordé le long-métrage avec une expérience encore limitée dans ce format. Mais il avait assimilé la grammaire du cinéma d’horreur contemporain — celle que James Wan et d’autres ont contribué à installer — avant d’y introduire son propre concept. Il ne cherchait pas à être original en refusant les outils du genre : il les maîtrisait suffisamment pour pouvoir ensuite les détourner.

C’est peut-être ce qui manque à Undertone.

Le film possède une idée. Il possède une esthétique. Il possède même une certaine sophistication. Mais il semble parfois tellement préoccupé par son refus des conventions qu’il oublie la raison pour laquelle certaines conventions existent.

Un film d’horreur n’est évidemment pas obligé d’accumuler les jumpscares. Mais lorsqu’il refuse le jumpscare, la monstration, l’accélération et presque toutes les formes traditionnelles de décharge horrifique, il doit leur substituer quelque chose d’au moins aussi puissant.

Ici, cette substitution n’arrive jamais véritablement.

Quand le son ne suffit plus

Le plus frustrant est que le matériau sonore choisi par Undertone possède un potentiel considérable. Enregistrements mystérieux, paroles difficiles à interpréter, sons inversés, possibilité qu’une voix ou une musique contienne davantage que ce que l’oreille perçoit au premier passage : le cinéma d’horreur connaît depuis longtemps la puissance de ces objets.

La saga Evil Dead, entre autres, avait compris combien un simple enregistrement pouvait devenir inquiétant dès lors que l’écoute elle-même constituait une transgression.

Undertone dispose donc d’une matière qui aurait pu être extraordinairement anxiogène. Mais là encore, le film préfère la suggestion prolongée à l’exploitation dramatique. À force de laisser au spectateur le soin de fabriquer lui-même la peur, il finit presque par lui demander de réaliser mentalement le film qu’il aurait voulu voir.

Conclusion

La dernière partie permet de mieux comprendre ce que Ian Tuason cherchait vraisemblablement à construire. Derrière l’histoire horrifique apparaît une interrogation plus intéressante sur la rationalité : que reste-t-il de nos certitudes lorsque l’expérience commence à contredire ce que nous pensions impossible ?

C’est probablement là que se trouve le véritable film.

Et c’est précisément ce qui rend l’échec plus regrettable. Undertone n’est ni paresseux, ni laid, ni dépourvu d’idées. Il est au contraire rempli de possibilités. Sa photographie est soignée, son dispositif sonore possède une logique, son économie de personnages renforce l’isolement et son sujet aurait pu produire une œuvre particulièrement oppressante.

Mais le cinéma ne se juge pas uniquement à la qualité des intentions.

Pendant près d’une heure et demie, Undertone promet constamment que quelque chose va arriver. Puis, lorsque quelque chose arrive enfin, l’attente a depuis longtemps consommé une grande partie de l’effet recherché.

Il existe probablement un public pour Undertone. Les spectateurs qui avaient apprécié la lenteur, l’isolement et le dispositif de Monolith pourront même trouver ici une proposition intéressante. Ceux qui aiment l’horreur minimaliste, les récits presque radiophoniques et les films qui préfèrent suggérer pendant de longues minutes plutôt que montrer peuvent parfaitement y trouver leur compte.

Mais il faut le savoir avant d’entrer dans la salle.

Car ceux que l’affiche et la promotion auront conduits à attendre une expérience comparable à Obsession, ou simplement un grand film d’horreur contemporain construit autour d’une utilisation spectaculaire du son, risquent de découvrir quelque chose de radicalement différent : une œuvre extrêmement lente, très peu démonstrative, qui privilégie son dispositif au détriment de son efficacité.

Le problème n’est donc peut-être pas qu’Undertone ne soit pas le film qu’il aurait dû être.

Le problème est qu’on nous a vendu un autre film.

La note de Zola Ntondo : 1 sur 5 ★☆☆☆☆

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Zola Ntondo

Zola Ntondo

Éditeur en chef

Je suis Zola Ntondo, né le 17 janvier 1979 à Bordeaux. Je suis écrivain, pianiste et webmaster expert en référencement SEO. Formé au Conservatoire de Bordeaux, j’explore dans mes ouvrages les thèmes de la séduction, du consentement et des attirances.